Le voyage de Thomas Findmann #5: La Royal Geographical Society

La Royal Geographical Society avait rajouté une clause de dernière minute, et John Clever, sous peine d’inquiéter ses confrères, avait préféré ne rien mentionner dans le télégramme. Avec l’état de santé de Jane, il était plus raisonnable d’annoncer seulement les bonnes nouvelles et ainsi ne pas alerter son meilleur ami. Le deal était simple, la Royal prenait l’entière responsabilité pour le financement de l’expédition, une dote supplémentaire serait même remise si on la mentionnait dans tous les journaux du pays comme étant seul commanditaire de l’aventure de Thomas Findmann. Mais afin d’accroître sa visibilité dans tout le royaume, accentuer sa popularité, et envoyer un message fort à l’Europe et au monde, la R.G.S avait demandée à ce qu’un reporter fasse partie de l’expédition afin d’y relater chaque détail, pour ensuite le rapporter dans les journaux les plus importants de Londres et en faire un livre référence en cas de succès.

Le message était clair: la R.G.S était une institution entreprenante qui accomplissait des prouesses et qui voulait conforter ses positions dans le domaine de la géographie, de la cartographie ainsi que dans l’exploration. Pour ce faire, il lui fallait explorer, prendre des risques, et si l’expédition de Thomas Findmann s’avérait plus juteuse que prévue, c’est tout le royaume d’Angleterre qui en profiterait et renforcerait la réputation de la R.G.S. L’objectif étant de cartographier de nouvelles zones du nouveau continent, et pourquoi pas découvrir de nouvelles civilisations inconnues. Une simple “chasse au trésor” comme s’aimaient à le dire les habitants de Birmingham devenait soudainement une réelle expédition commandée par la prestigieuse et célèbre société de géographie britannique, ce qui commençait à inquiéter John, qui voyait là un genre d’ultimatum intrusif de la part de la R.G.S.

De retour à Birmingham au début du mois de décembre 1852, John Clever s’empressa de rendre visite à son fidèle ami Thomas Findmann. Ce dernier enseignait les mouvements en rotation au Pentucky College depuis quelques semaines déjà, et quel ne fut pas son étonnement lorsqu’il s’aperçut que de plus en plus d’élèves venaient assister à son cours. Tout le monde connaissait désormais le célèbre Thomas Findmann, l’homme qui partait conquérir le nouveau monde, et d’aucun ne voulait rater un seul de ses enseignements. Nous étions en fin de semaine et Thomas avait obtenu plusieurs jours libres pour se reposer afin de s’occuper davantage de Jane. Lorsque le cours se termina, John Clever fit son apparition dans l’amphithéâtre et rejoignit Thomas, alors en train de discuter avec plusieurs apprentis:
“As-tu un peu de temps à consacrer à un vieil ami?
— Je suis à toi dans une minute.”
Thomas Findmann raccompagna deux jeunes hommes à la sortie de la grande salle et revint vers son ami:
“Et bien, je suis épuisé, sortons prendre l’air.
— Excellente idée, j’ai un grand nombre de choses à te dire.
— Dois-je m’inquiéter John?
— Je n’irai pas jusque là, mais cela concerne l’expédition, comme tu dois te douter…”
Les deux amis marchaient côte à côte et passeraient bientôt le grand portail bleu nocturne qui marquait la sortie du Pentucky College. Bientôt ils arriveraient sur l’avenue principale qui menait au Parker’s. “Allons boire un Scotch, John, j’ai besoin de souffler”, lança alors Thomas. Les deux amis prirent le journal du jour en passant et rejoignirent le prestigieux salon. Il était bientôt dix-neuf heures, la nuit avait maintenant pris place, et de nombreuses lanternes illuminaient les rues de Birmingham. Le Parker’s était somptueux la nuit, avec ses nombreux lustres dorés et imposants. Les deux hommes prirent place à leur table, libre la plupart du temps, et demandèrent deux scotch serrés sans glace. Sitôt la commande faite, John, qui semblait de plus en plus contrarié, sortit une lettre et la posa sur la table, sous les yeux de Thomas Findmann, avant de lancer:

“Ça ne va pas vous plaire mon cher ami, loin de moi l’idée de te donner davantage de tracas, mais je ne puis garder le secret plus longtemps.

— Une lettre de la Royal, les financements nous ont été retiré?
— Nous avons l’argent, et nous avons assez de quoi se procurer tout le matériel nécessaire. Mais…
— Nous ne sommes pas libres.
— Les mains liées, Thomas.
— Pouvons-nous nous passer d’eux?
— A ce stade, j’ai bien peur que non mon cher. Mais lisez, lisez donc, vous n’êtes point au bout de vos surprises.”

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