Le voyage de Thomas Findmann #4: les préparatifs

Le Parker’s se remplissait peu à peu et bientôt aucune table ne fut disponible. L’air pensif, Thomas éprouvait un sentiment de peur, la peur d’échouer, la peur de reconnaître qu’il n’avait ni l’expérience, ni les connaissances nécessaires pour réussir son expédition. Il lui fallait trouver une personne expérimentée dans le domaine, un marin confirmé, qui jouirait d’une certaine renommée si possible, enclin à partir à l’aventure avec trois inconnus. Inconnu, peut-être pas. Depuis quelques semaines déjà, les journaux locaux les plus influents en parlaient déjà comme l’aventure du siècle, et bientôt Londres serait elle aussi contaminée par le phénomène.

Mais voilà, il fallait d’abord se concentrer sur l’essentiel, à savoir la navigation. Le bateau que Thomas Findmann s’était procuré auprès d’un capitaine à la retraite était déjà un bon début, puisqu’en bon état et longtemps entretenu par les membres de l’équipage. “C’est par là qu’il faut commencer”, pensa-il. Le capitaine, un certain Jake Patterson, un homme de soixante-deux ans robuste, aimable et passionné, était possiblement l’homme que Thomas et ses deux amis avaient besoin. Or, Jake vivait maintenant une existence paisible auprès de ses deux garçons, accepterait-il de reprendre la mer, et pour quel prix? L’homme avait vogué sur les mers toute sa vie pour acheminer des épices aux quatre coins du monde, accepterait-il une dernière mission exotique? Cela était moins sûr, mais il fallait tout de même essayer.

Thomas et Arthur Gold attendait un télégramme de John Clever, qui depuis quelques jours était retourné à Londres pour trouver des financements. En effet, en plus du matériel et des vivres, venait maintenant s’ajouter le salaire d’un ou de plusieurs marins, mais ça John Clever l’ignorait pour le moment. Tous deux assis à leur table habituelle, les deux amis réfléchissaient à la manière de procéder. D’abord, il leur fallait définir une date de départ, de préférence après l’hiver. Ensuite, se procurer le matériel d’expédition nécessaire, puis les vivres et enfin l’embauche d’un ou deux marins, si possible un capitaine de bateau. Les deux amis attendaient que le thé leur soit servi lorsque un jeune homme d’à peine quinze ans rentra dans le Parker’s, une enveloppe à la main:
“Y a-t-il un dénommé Thomas Findmann dans cette salle? J’ai un télégramme transmis par un certain John Jacob Clever de Londres!
— C’est moi même! lança Thomas.
— Puis-je avoir un document confirmant votre identité m’sieur?
— C’est bon jeune homme, c’est bien lui, lui répondit le gérant du Parker’s accoudé au comptoir.
— Bien, alors cette enveloppe est à vous Mr Findmann”.
Le jeune coursier s’avança en sa direction et lui remit le précieux télégramme.
” Comment savais-tu que je me trouverais ici?
— Je n’étais pas tout à fait sûr, m’sieur. Mais le télégramme indique qu’à cette heure on ne peut vous trouver qu’à deux endroits, ici ou au chevet de votre femme. J’ai d’abord opté pour la première option.
— On peut dire que John me connait bien. Merci mon garçon”.
Thomas Findmann lui remit deux shilling pendant qu’Arthur se hâtait de lire le télégramme afin d’en avoir le cœur net, et il n’allait pas être déçu. John Clever avait réuni les financements nécessaires pour l’expédition, et une somme supplémentaire serait remise si l’on mentionnait la Royal Geographical Society comme étant principal commanditaire du projet. Le matériel était maintenant à portée des trois gentlemans, les vivres également si l’on en croyait l’annonce de la RGS, ne restait donc plus qu’à régler le dernier point, l’équipage…

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