Conte merveilleux – Le coffre qui valait une pièce d’or

Il était une fois, dans un pays fort lointain, un vieil homme que l’on appelait le Duc d’Esédior. Cet homme, aimé et respecté de tous, vivait dans une vaste maison et passait le plus clair de son temps à organiser des ventes aux enchères. Les objets mis en avant provenaient la plupart du temps de pays lointains, ramenés par le duc pour décorer sa demeure. Un jour, alors qu’il s’apprêtait à clôturer la vente d’un coffret scellé à clé pour la modique somme de cent cinquante mille pièces d’or, un homme se leva soudainement et s’écria :

— Je propose une somme ! Une seule pièce d’or, ni plus, ni moins.
Interloqué, le duc d’Esédior le regarda d’un air dubitatif mais amusé, puis répondit :
— Mon cher, ce coffre provient d’un lointain pays que j’ai visité il y a fort longtemps. Il a plus de valeur que n’importe quel objet de ma collection. Pourquoi m’en offrir une pièce, quand ce coffret peut m’en rapporter cent cinquante mille fois plus ?
L’homme, sûr de son avance, riposta avec une sérénité insolente :
— Savez-vous ce qu’il contient ? Je crains que non. Vous ne vendez pas la clé, uniquement le coffre. J’en déduit deux choses : soit que vous n’avez pas ladite clé, auquel cas ce coffre est dénué d’utilité, soit vous l’avez en votre possession, et dans ce cas-là vous avez déjà vidé ledit coffre. Si vous vendez cet objet pour cent cinquante mille pièces, c’est qu’une chose à l’intérieur en vaut au moins la même somme, si ce n’est plus. Mais comment le savoir sans la clé ? Et comment savoir s’il y a bien ou non quelque chose à l’intérieur ? Donc, je vous en offre une seule pièce !

Le duc, embarrassé par un tel discours, avoua qu’il ne possédait pas la clé et que, de ce fait, il ne savait pas ce que contenait le coffre. Et c’est d’ailleurs pour cela que le prix était si élevé, puisqu’il supposait que le coffre renfermait un objet d’une grande valeur. Mais en cela, le duc n’était certain de rien. Alors, il reprit la parole et proposa un marché :
— Donnez moi les cent cinquante mille que je demande, et si vous arrivez à ouvrir ce coffre, qui peut-être contient un trésor inestimable, vous êtes gagnant, davantage que moi.
L’homme, bien décidé à ne pas céder à cette ruse, riposta en proposant un autre marché :
— Je vous en donne une pièce, si j’arrive à ouvrir ce coffre et qu’il ne contient rien, je vous offre non pas cent cinquante mille, mais bien quatre cent mille pièces d’or. En revanche, s’il contient quelque chose, je garde le coffre et le butin.
Persuadé que le coffre était vide, le duc d’Esédior secoua une énième fois l’objet, qui effectivement paraissait complément vide. Alors, il se tourna un instant, réfléchit quelques minutes puis annonça « marché conclu ! ».
La transaction fut faite, l’homme paya le coffre d’une seule pièce et demanda à une femme de s’approcher. Celle-ci s’avança lentement vers ledit coffre, un sourire démesuré trahissait une joie intense. Soudain, elle sortit de ses poches une clé en or.
— Est-ce bien cette clé, Josephine ? Lui demanda alors l’homme qui tenait le coffre dans ses mains.
— Tout à fait sûre, père.

Josephine inséra la clé devant des spectateurs médusés. Le duc, quant à lui, comprenait peu à peu ce à quoi il venait de se livrer. La clé entra parfaitement dans la serrure du coffre, Josephine fit trois tours vers la gauche, et enfin, le coffre s’ouvrit. Là, posé délicatement sur un tissu de soie blanc, reposait un autre tissu plus ancien, jauni par le temps mais tout de même très bien conservé. Sur ledit tissu, on pouvait apercevoir un visage, visiblement celui d’un homme, une barbe abondante et sur sa tête reposait une couronne d’épines.
Le duc d’Esédior n’en croyait pas ses yeux, devant lui reposait délicatement dans le petit coffre le Saint-Suaire, l’authentique, l’unique et véritable. Ébahi et visiblement déboussolé par ce qui venait de se produire, le duc ne put contenir ses larmes. Il avait vendu le Saint-Suaire à un inconnu pour une misérable pièce d’or. L’homme, heureux de sa juteuse transaction, pria Josephine de refermer le coffre et de lui remettre la clé. Il se tourna vers le duc, remit son chapeau qu’il tenait dans sa main, et avant de s’en aller avec sa fille, lança simplement :
— Ce fut un réel plaisir, mon brave.

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