Nouvelle – Jamie

Un vendredi parmi d’autres, Jamie voyait sa brocante se vider peu à peu et entreprit donc de ranger la caisse en bois de l’oncle Tom. Cette caisse, énorme, faisait partie de la famille depuis trois générations. À l’intérieur se trouvaient toutes sortes de bricoles ayant appartenues aux secrétaires des différents gouverneurs de l’Illinois. Mais aussi, des documents administratifs tels que des notes de rendez-vous, pour la plupart des textes bas-de-casse, très prisés des collectionneurs qui reconstituaient les emplois du temps de ces dits gouverneurs. Impatient de retrouver son amie Selwa avec qui il dînait au Marlon Restaurant à huit heures, il s’activa et tomba sur un objet pour le moins étrange.

Là, près d’une lampe à huile, il trouva un magnifique leporello intitulé Liberté, en référence au poème de Paul Eluard. Selwa allait l’adorer, elle qui alignait les strophes d’un naturel insolent. Ravi de sa trouvaille, Jamie ferma sa boutique et prit le chemin de son appartement, non loin de là, afin d’y préparer un beau paquet. Il y rajouta un tirage de tête de l’œuvre de Juan Rulfo “Pedro Paramo”, signé par l’auteur en personne. Approchant de huit heures, fin prêt Jamie se mit donc en route pour le restaurant.

Il avait hâte de retrouver son amie partie deux mois plus tôt à New-York pour la promotion de son nouvel ouvrage. Après quelques minutes, il reçut un mail de celle-ci lui rappelant l’heure du rendez vous. Neuf heures! S’écria t-il, vissé sur le passage piéton qu’une conductrice fatiguée lui demandait de quitter. En avance, il prit donc le chemin de la Orson Library, sortit un livre à reliure dite dos carré collé que lui avait offert l’oncle Tom, le feuilleta sommairement avant d’entreprendre sa lecture. Il fût agréablement surpris de constater que sur toutes les belles pages figurait un petit dessin représentant une balle de baseball. Et sur la quatrième de couverture avait été collé une photo de Jamie et Tom lors du dernier Superbawl. Souriant, il avait soudainement envie de savourer ce moment encore longtemps, une heure peut-être…

Related posts

Leave a Comment