Nouvelle – Eyssa, reine de Némésis

Eyssa faisait partie des derniers rescapés du peuple Gouzou de Némésis, une planète envahie par les humains à la fin du XXIème siècle. Lorsque Némésis fut découverte en l’an 2085 de notre ère, elle fut soudain l’objet de tous les fantasmes. Selon les chercheurs, elle représentait la planète «habitable» et «accueillante» par excellence. Située non loin de la ceinture de Kuiper, Némésis était à bonne distance pour qu’on puisse y envoyer une colonie. C’est alors qu’en 2088 on entreprit d’envoyer une première flotte vers la planète récemment découverte, une colonie donc, composée de trois scientifiques américains et deux chercheuses européennes en exoplanètes. Le voyage dura au total un peu plus de quatre ans et fut un véritable succès.

Lorsque le peuple Gouzou fut «découvert», les cinq premiers colons s’empressèrent d’établir un premier contact. Les “Gouzé” étaient fort semblables aux êtres humains, à la différence d’être nettement plus petits, d’avoir le teint très pâle et les yeux d’un noir tellement profond qu’on y distinguait ni iris ni pupille. On découvrit aussi que ce peuple extraterrestre travaillait la terre, ne croyait en aucun dieu à part à l’énergie «étrange» de l’univers, était également un adorateur de la poterie, et qu’enfin il se nourrissait principalement de légumes. En somme, rien de très extraordinaire pour ces êtres que les humains imaginaient avant leur découverte comme possiblement dotés de tentacules et adeptes du cannibalisme.

À l’approche de la toute fin du 21ème siècle, on décida d’envoyer une deuxième colonie sur Némésis afin d’établir un contact durable avec ce peuple inconnu et ainsi en apprendre davantage sur son mode de vie. S’en est suivi une troisième colonie, puis une quatrième, et ce fut enfin près d’une vingtaine d’autres colonies envoyées sur Némésis en à peine vingt ans. Certains voyages comprenaient près de trois vaisseaux, envoyés en même temps vers la nouvelle planète que les humains appelaient maintenant Terra 2. Peu à peu, des villages se créèrent, des bases aériennes et autant de bâtiments administratifs par dizaine virent le jour sur Némésis. Dans les premières décennies du 22ème siècle, on y comptait au total pas loin de trois cent êtres humains pour cent soixante-dix Gouzé.

Afin de pouvoir nourrir les désormais nouveaux habitants de Némésis, les Gouzés se virent contraints de cultiver plus et plus vite. Puis, on leur demanda de l’aide pour la construction de nouveaux bâtiments administratifs et militaires. En 2130, à peine une trentaine de Gouzés étaient proscrits de la construction de ces bâtiments et aux cultures de légumes némésiens, pour la plupart des enfants et des femmes âgées. Sans même parler la même langue, les deux civilisations cohabitaient sur la même planète en principe habituée à héberger de simples agriculteurs nomades. Il était évident qu’il existait une différence grossière de culture et d’avancée technologique entre ces deux civilisations. C’est donc en toute logique qu’un soir d’hiver némésien, en pleine construction d’une réplique de la statue de la liberté, il y eut une révolte.

Pourquoi ? Éperdument déboussolés, apeurés et fatigués, les Gouzés ne comprenaient pas la venue de ces inconnus de grande taille à l’iris de couleur. Ils comprenaient encore moins leur présence qu’ils pensaient au départ temporaire et sans grandes conséquences. Eux, qui avaient chaleureusement accueillit les êtres humains sur leur innocente planète, se voyaient désormais littéralement envahis par ces derniers. En moins de cinquante ans, Némésis était devenue la première colonie extraterrestre de toute l’histoire de l’humanité. Alord, par un soir de grand froid, peu habitués à construire des bâtiments aux formes incompréhensibles, une soixantaine de Gouzé se révoltèrent.

Armés de bâtons long d’un mètre, ils entreprirent de chasser les êtres humains de leur planète. La colère s’intensifia, des bagarres éclatèrent, , et un bain de sang se produisit. On déplorait quarante-deux morts côté Gouzé pour seulement dix blessés côté humain. Sous le choc, les natifs de Némésis décidèrent de quitter leurs terres afin de fuir l’oppresseur venu d’ailleurs. Dans un grand froid glacial, mortel et sans assez de nourriture pour survivre, plus de la moitié périrent. Du peuple Gouzou, il ne restait plus qu’une poignée. Parmi les rescapés, une jeune cultivatrice du nom de Eyssa tentait tant bien que mal de remobiliser les siens. La jeune Gouzé avait perdu ses parents ainsi que sa sœur durant cet éprouvant et interminable exode. Adossée à un arbre gelé, faible et tremblante comme une feuille, elle maudit ces nouveaux arrivants et jura de se venger.

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